Histoire du Cabinet des médailles
Histoire du Cabinet des médailles
Le Cabinet tire son origine des collections des rois de France. Il peut être tenu pour le plus ancien musée de France. Depuis l’époque médiévale, les rois ont collectionné des objets rares et précieux : manuscrits, orfèvrerie, pierres gravées et sans doute déjà monnaies antiques, désignées sous le nom de « médailles », qu’ils gardaient auprès d’eux, dans leurs lieux de résidence, tels Vincenne ou le Louvre. L’inventaire après décès de Charles V, en 1380, comptait déjà 3.900 objets précieux, parmi lesquels des bijoux et des pierres gravées.
La Renaissance fut une période particulièrement faste, notamment pendant le règne de François Ier (1515-1547), qui fit venir d’Italie, outre Léonard de Vinci ou le Primatice, des orfèvres et des graveurs, comme Benvenuto Cellini et Matteo del Nassaro, qui réalisa de nombreux portraits du roi sur pierres dures ainsi que des matrices monétaires, toujours conservés au Cabinet des médailles. La collection est alors installée au château de Fontainebleau. Lorsque commencent les guerres de religion, Catherine de Médicis fait revenir la collection à Paris, à la Bastille, pour la mettre à l’abri. La charge de « garde particulier des médailles et antiques du roi » est instituée sous Charles IX. Après bien des vicissitudes (mises en gage, dispersions, pillages), l’idée d’une collection pérenne s’est fait jour.
Cependant, dès 1666, après l'assassinat du garde du cabinet du roi, sur avis de Colbert qui jugeait que « les médailles ayant une complexion particulière avec les livres n’en doivent pas être séparées », Louis XIV ordonna le transfert des collections rue Vivienne, dans l'hôtel Colbert, où était déjà hébergée la Bibliothèque du roi. Peu après, en 1684, s’installant à Versailles, il y fit venir le Cabinet, situé à côté des appartements royaux, afin de pouvoir quotidiennement aller regarder ses médailles et pierres gravées, qu’il manipulait à l’aide de pinces en or.
Après la mort de Louis XIV, il fut décidé dès 1720 de rapatrier les collections à Paris, dans la Bibliothèque, pour les rapprocher des savants et du centre de la vie intellectuelle. Les anciens appartements de la marquise de Lambert (hôtel de Nevers), au dessus de la rue Colbert, furent aménagés de 1720 à 1740 par l’architecte Robert de Cotte, qui dessina les médailliers, et décorés par les peintres les plus célèbres de l’époque, Boucher, Van Loo et Natoire afin de recevoir les collections de médailles. Le transfert commença en 1741, les pierres gravées n’arrivant qu’en 1791. Par la suite, le Cabinet sera déplacé à deux reprises, en 1865 puis 1917, mais en conservant son décor original.
Sous Louis XV, se constituent des collections d’archéologie. Dès 1724, le garde du cabinet, Gros de Boze, fait acheter la collection Foucault qui comprend environ 1.000 objets (bronzes, marbres, antiquités égyptiennes…). Puis le comte de Caylus, l’inventeur de l’archéologie moderne en France, donne au Cabinet du roi les antiques qu’il rassemble dans le but de les étudier et de comprendre les civilisations anciennes. Ils sont publiés dans sept volumes, qui forment le premier « manuel » d’archéologie, où chaque objet est décrit, dessiné, sa provenance indiquée ainsi que son usage, sa technique, son style. Cette démarche est totalement novatrice et s’accorde avec les préoccupations du garde des Médailles, l’abbé Jean-Jacques Barthélemy, éminent savant, déchiffreur de langues telles le palmyrénien et le phénicien, excellent pédagogue. C’est autour de ce dernier, et donc au Cabinet des médailles, que s’articulent les recherches et les publications des collections et des trouvailles archéologiques. Il y fait aussi entrer l’impressionnante collection de 32.500 monnaies grecques de Joseph Pellerin. Homme de l’Ancien Régime, l’abbé Barthélemy reste un homme influent et respecté sous la Révolution. Pendant cette période de nationalisation des biens du clergé (1790) et de confiscations révolutionnaires, il siège au Comité d’instruction publique et sa voix sera prépondérante pour décider du sort des œuvres d’art (préservées… ou fondues). Lorsque, en 1795, la première chaire d’archéologie est créée en France, c’est tout naturellement au garde du Cabinet des médailles, Aubin-Louis , nommé « conservateur - professeur », qu’elle est attribuée. Et c’est au Cabinet des médailles que se déroulent les cours. La Révolution réaffirme avec force la nécessité de la proximité des livres, des objets et de l’enseignement.
Au XIXe siècle, grande ère des musées, le rôle du Cabinet des médailles ne s’affaiblit pas. Le témoignage le plus concret et le plus brillant en est la donation faite par le duc de Luynes en 1862 de ce qui était alors la plus grande collection d’antiques en France, capable de rivaliser par la beauté et la qualité de ses objets avec la célèbre collection Campana. Le Cabinet des médailles demeure un haut lieu parisien, fréquenté par les plus éminents savants mais aussi de grands hommes de lettres, artistes et critiques d’art, tels Flaubert, Rilke, José-Maria de Hérédia, Rodin, Frémiet et Champfleury. Ceux-ci profitent de la science et de la disponibilité des conservateurs, et puisent leur inspiration dans les merveilles de la collection. Les artisans viennent aussi y copier des motifs dont ils s’inspirent pour leurs créations, les ateliers de cachemires français, par exemple.
En 1865 toutefois, le célèbre salon Louis XV de l’hôtel de Nevers ferme ses portes, les collections trouvant un ébergement provisoire rue de Richelieu, dans une galerie conçue pour les imprimés. Les efforts concertés d’Ernest Babelon, membre de l’Institut, directeur du Cabinet des médailles, et de l’architecte Jean-Louis Pascal, le feront renaître en 1917 après 30 ans de travaux dans son emplacement actuel. Pascal avait d’abord caressé le grand projet de couvrir la cour d’honneur d’une verrière pour y installer un ambitieux Musée des inscriptions qui aurait accueilli le visiteur dès l’entrée de la rue de Richelieu, mais ce projet fut abandonné. Ses aménagements, résolument modernes, intègrent la nécessité de préserver le patrimoine architectural de la bibliothèque. Grâce à lui, on peut admirer aujourd’hui un lieu de mémoire unique en France : le salon de l’hôtel de Nevers remonté, seul décor d’un musée XVIIIe encore conservé. Parallèlement, la modernité des salles du nouveau musée sur le jardin Vivienne, salle des colonnes et salle du Grand Camée, constituaient un prestigieux contrepoint à cette restitution historique. Ces salles, les plus lumineuses du quadrilatère, ont été choisies par l’architecte et l’administration en concertation avec les conservateurs du département, afin de valoriser les collections. Le décor des façades extérieures fut conçu pour en rappeler la destination.
Dans la première moitié du XXe siècle, le département tend à se spécialiser dans la numismatique et le musée faire alors office de « vitrine » signalant l’entrée d’un lieu dédié aux chercheurs, évolution jugée malencontreuse, compte tenu de l’intérêt et de l’importance des collections. Georges Le Rider, conservateur en chef du Cabinet des médailles, puis administrateur général de la BN, déplore ainsi que le département soit désormais constitué d’un fonds « vivant », les monnaies et médailles, et d’un fonds « mort », les antiques, et entend y remédier en revalorisant ces trésors. En 1960, devant cet état de fait devenu « paralysant », la décision est prise de fermer le musée pour y entreprendre des travaux extensifs, notamment l’installation d’une mezzanine sur les deux salles. Il restera fermé pendant près de vingt ans, au grand scandale de la presse et du public. La nécessité de rationaliser l’utilisation de l’espace était l’objectif principal et, comme dans tant d’autres musées français, les décors du XIXe et du début XXe siècle, tel celui de la salle des colonnes, n’étaient pas appréciés, et donc guère respectés, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Le musée y gagna toutefois considérablement en espaces d’exposition, un progrès qui était bien évidemment essentiel.
La réouverture du musée, en 1981, fut unanimement saluée. Le public redécouvrait avec enthousiasme un lieu trop longtemps réservé à quelques spécialistes et chercheurs privilégiés, un lieu où l’on pouvait « rêver l’histoire » :
Réservé jusqu’à présent aux spécialistes et aux chercheurs, le département du Cabinet des médailles et antiques vient d’ouvrir ses nouvelles salles d’exposition au public. Quatre salles modernes, lumineuses, qui proposent aux amateurs de beaux objets d’art ou d’histoire, des trésors sans prix. Le tout est admirablement présenté et mérite, à vrai dire, non pas une, mais plusieurs visites... (mars 1981).
Mais aujourd’hui l’histoire brillante et séculaire du Cabinet des médailles et antiques toucherait à sa fin ? Prenant prétexte des travaux de rénovation du bâtiment, la direction actuelle de la Bibliothèque nationale de France a en effet décidé la suppression du Musée !!! D’un trait de plume. Sans motif. Si rien n’est fait, des milliers d’œuvres ne seront plus présentées au public. Si rien n’est fait... C’est la raison de notre toute jeune site pour la sauvegarde du Musée des médailles et antiques.